Transférer de l'argent de France vers Israël : le guide 2026
Pour transférer de l’argent de France vers Israël, il suffit d’un virement international (SWIFT) vers un compte israélien. La difficulté n’est pas technique : la banque israélienne doit vérifier l’origine des fonds, et sans justificatifs elle peut bloquer le virement ou le renvoyer. Préparez les documents avant d’envoyer l’argent, prévenez votre banque, et vérifiez la fiscalité quand il s’agit d’une donation ou de revenus d’une société française.
Le virement lui-même prend cinq minutes : un IBAN israélien, un code SWIFT, un montant. Les ennuis commencent souvent après. L’argent arrive, la banque le bloque, puis demande d’où il vient. Vous êtes concerné si vous transférez votre épargne au moment de l’alyah, le prix de vente d’un appartement en France ou un héritage. Même chose si vos parents veulent vous aider à acheter en Israël, ou si vous vous payez depuis votre société française.
Un transfert d’argent est-il imposable ?
Non, pas en lui-même. Déplacer votre propre argent d’un compte français vers votre compte israélien n’est pas un revenu : ni la France ni Israël ne taxent le virement.
Ce qui compte, c’est l’origine de l’argent :
- votre épargne, déjà imposée en France : rien à payer au moment du transfert ;
- le prix de vente d’un bien immobilier en France : la plus-value éventuelle se règle en France, au moment de la vente (voir l’imposition d’un bien vendu en France) ;
- de l’argent donné par vos parents : c’est une donation, avec ses propres règles (voir plus bas) ;
- un salaire ou des dividendes versés par une société française : ce sont des revenus, imposés selon la convention fiscale France-Israël.
Les olim hadashim ont dix ans d’exonération sur leurs revenus de source étrangère. Pour ceux devenus résidents à partir du 1er janvier 2026, la dispense de déclaration de ces revenus a été supprimée : ils restent exonérés, mais doivent les déclarer. Le détail est dans notre article sur les avantages fiscaux des olim hadashim.
Pourquoi les banques israéliennes bloquent les virements venant de l’étranger
La loi israélienne sur l’interdiction du blanchiment d’argent (2000) et les directives de la Banque d’Israël obligent les banques à vérifier l’origine des fonds qu’elles reçoivent. Depuis qu’Israël applique l’échange automatique d’informations bancaires (norme CRS, adoptée en 2019), elles regardent aussi de près la situation fiscale de leurs clients venus de l’étranger. Nous avons expliqué ce mécanisme dans notre article sur l’échange d’informations bancaires.
Entre une sanction du superviseur et un client mécontent, les banques ont choisi. Quand le dossier ne leur convient pas, elles renvoient l’argent au compte d’origine. Les exigences changent d’une banque à l’autre, parfois d’une agence à l’autre.
Ce flou n’est pas nouveau. En 2019, des banques israéliennes, dont Hapoalim, ont gelé les comptes de nouveaux immigrants français en exigeant une attestation d’un expert-comptable français. Notre cabinet a alors représenté le ministère de l’Intégration dans un recours devant le tribunal de district de Jérusalem : le détail de la procédure est ici.
Ce qui déclenche le plus souvent un blocage :
- un gros montant qui arrive sans que la banque ait été prévenue ;
- un virement envoyé par quelqu’un d’autre que le titulaire du compte (un parent, un ami, une société) ;
- une société étrangère qui vire directement sur le compte personnel de son dirigeant ;
- plusieurs petits virements successifs qui ressemblent à un montant découpé pour passer sous un seuil ;
- des documents manquants, ou en français sans traduction.
Les justificatifs à préparer selon l’origine des fonds
La banque veut pouvoir remonter le chemin de l’argent jusqu’à sa source. Voici ce qu’elle demande en général.
| Origine de l’argent | Documents à préparer |
|---|---|
| Épargne personnelle | Relevés du compte français sur plusieurs mois, avis d’imposition français montrant des revenus cohérents avec le montant |
| Vente d’un bien immobilier | Acte de vente, décompte du notaire, relevé montrant l’encaissement du prix |
| Héritage | Acte de notoriété ou attestation du notaire, déclaration de succession |
| Donation d’un parent | Preuve de la déclaration du don en France, relevé du compte du parent, justificatif du lien de parenté |
| Salaire ou dividendes | Bulletins de paie, procès-verbal d’assemblée approuvant les dividendes, relevé du compte de la société |
| Rachat d’assurance-vie | Courrier de l’assureur confirmant le rachat et le montant |
| Prêt | Contrat de prêt et tableau d’amortissement |
La banque vous fera aussi signer une déclaration de bénéficiaire (hatsharat nehené), dans laquelle vous attestez être le véritable propriétaire des fonds.
Quelques réflexes évitent la plupart des blocages :
- Prévenez votre banque israélienne avant d’envoyer l’argent, et demandez par écrit la liste des documents qu’elle attend pour ce montant et cette origine.
- Faites traduire les pièces importantes en hébreu ou en anglais si votre conseiller ne lit pas le français.
- Envoyez depuis un compte à votre nom vers un compte à votre nom. Un virement « de Paul vers Paul » pose beaucoup moins de questions qu’un virement « de la société de Paul vers Paul ».
- Ne découpez pas un gros montant en petits virements pour passer inaperçu. C’est précisément ce que les systèmes anti-blanchiment repèrent.
- Commencez par un petit virement test, pour vérifier les coordonnées et que la banque l’accepte.
Banque, Wise, Revolut : par où passer ?
Israël ne fait pas partie de la zone SEPA. Un virement de France vers Israël est donc un virement international (SWIFT), avec des frais et un taux de change.
Le coût réel a deux composantes. Il y a d’abord les frais fixes, facturés par la banque qui envoie, parfois par une banque intermédiaire, et par la banque israélienne qui reçoit. Il y a ensuite la marge sur le taux de change euro-shekel, souvent bien plus chère que les frais affichés, surtout dans les banques traditionnelles.
Pour comparer deux options, oubliez les frais. Regardez combien de shekels arriveront réellement sur le compte pour la même somme en euros.
Les services spécialisés comme Wise ou Revolut sont souvent moins chers que les banques classiques pour des montants courants. Pour un gros transfert, le prix d’un appartement par exemple, demandez d’abord à votre banque israélienne si elle accepte sans difficulté un virement venant d’un établissement de paiement, et avec quels documents. Un virement bon marché qui reste bloqué trois semaines n’a rien d’une économie.
Vous dirigez une société en France depuis Israël
C’est une situation courante après l’alyah : la société reste en France, le dirigeant vit en Israël et se rémunère depuis là-bas.
L’argent doit sortir de la société sous une forme claire : un salaire avec bulletin de paie, ou des dividendes votés en assemblée. Un virement « de la société vers le dirigeant » sans document derrière, c’est exactement ce que les banques israéliennes refusent. La fiscalité de ces sommes dépend ensuite de votre résidence et de la convention fiscale ; notre comparatif dividendes ou salaire aide à trancher.
Reste le compte de la société. Si votre banque pro facture cher chaque virement international, regardez les comptes pro qui gèrent plusieurs devises. Le comparatif des banques pro de Comparateur Pro classe les principales offres (Qonto, Shine, Revolut Business, Finom…) selon leurs frais, leurs outils de gestion et leur usage à l’international. Avant de choisir, vérifiez deux points pour votre cas : le coût d’un virement SWIFT vers Israël, et la possibilité de payer directement en shekels.
Aider ses enfants installés en Israël : c’est une donation
Des parents qui vivent en France et envoient de l’argent à leur fille installée à Tel Aviv pour l’aider à acheter un appartement lui font une donation. Et cette donation relève du droit français.
Selon l’article 750 ter du Code général des impôts, quand le donateur est domicilié fiscalement en France, tout ce qu’il donne est taxable en France, où que vive le bénéficiaire. La convention fiscale France-Israël n’y change rien : elle ne couvre ni les donations ni les successions. Israël, de son côté, n’a pas de droits de donation.
Un parent peut donner sans droits à chaque enfant, tous les quinze ans :
- 100 000 € au titre de l’abattement en ligne directe ;
- 31 865 € de plus pour un don de somme d’argent (article 790 G), si le parent a moins de 80 ans et l’enfant est majeur.
Soit 131 865 € par parent et par enfant. Dans notre exemple, si les deux parents donnent, leur fille peut recevoir jusqu’à 263 730 € sans droits.
C’est l’enfant qui reçoit le don qui doit le déclarer. Depuis le 1er janvier 2026, cette déclaration se fait obligatoirement en ligne sur impots.gouv.fr, sauf cas de dispense (le formulaire papier 2735 est réservé à ces cas). Gardez la preuve de la déclaration : c’est elle que la banque israélienne demandera pour accepter les fonds.
Si les parents vivent eux-mêmes en Israël et donnent de l’argent placé hors de France, les règles changent. Dans les situations mixtes, faites vérifier avant de transférer.
Le compte israélien doit-il être déclaré en France ?
Oui, tant que vous êtes résident fiscal français. Tout compte ouvert, utilisé ou clôturé à l’étranger doit être déclaré chaque année avec la déclaration de revenus (formulaire 3916, rubrique « comptes à l’étranger » sur impots.gouv.fr). L’oubli coûte 1 500 € d’amende par compte et par année non déclarés.
C’est fréquent pendant la période de transition : compte ouvert en Israël avant l’alyah, ou année du départ pendant laquelle vous êtes encore résident français. Une fois votre résidence fiscale transférée en Israël, cette obligation française disparaît pour le compte israélien. La question se pose alors dans l’autre sens, pour le compte que vous gardez en France vis-à-vis du fisc israélien, surtout si vous êtes arrivé après le 1er janvier 2026.
Et en espèces ?
Mauvaise idée, et pas seulement à cause du risque de vol.
- En sortant de France vers un pays hors Union européenne, toute somme en liquide de 10 000 € ou plus doit être déclarée à la douane (service en ligne DALIA). À partir de 50 000 €, il faut prouver l’origine de l’argent.
- En entrant en Israël, la loi anti-blanchiment impose de déclarer l’argent liquide au-delà de 50 000 ₪ (12 000 ₪ par une frontière terrestre). Les nouveaux immigrants sont concernés dès leur première entrée.
- Une fois sur place, vous ne pourrez presque rien en faire : depuis 2022, un paiement en espèces à une entreprise est plafonné à 6 000 ₪, et à 15 000 ₪ entre particuliers (le détail des plafonds). Et le déposer à la banque vous ramène à la question de départ : d’où vient-il ?
Questions fréquentes
Combien de temps prend un virement de France vers Israël ?
En général un à trois jours ouvrés par virement SWIFT, souvent moins avec un service spécialisé. Si la banque israélienne demande des justificatifs, comptez plutôt plusieurs semaines, le temps que le dossier soit complet.
Y a-t-il un montant maximum ?
Aucun plafond légal ne s’applique à un virement entre deux comptes à votre nom. Votre banque française et votre banque israélienne peuvent fixer leurs propres limites, et plus le montant est élevé, plus le dossier sera examiné de près.
Ma banque israélienne refuse le virement, que faire ?
Demandez par écrit le motif du refus et la liste précise des documents manquants. Si le blocage vient d’une question fiscale, comme un compte non déclaré ou des revenus jamais régularisés, réglez d’abord la question fiscale : la banque ne débloquera rien avant.
L’argent transféré pour l’alyah est-il imposé en Israël ?
Non. Votre capital n’est pas un revenu. Ce sont les revenus qu’il produira ensuite (intérêts, loyers, dividendes) qui pourront être imposés, avec l’exonération de dix ans prévue pour les olim sur les revenus de source étrangère.
Un transfert important à préparer ?
Vente d’un bien, héritage, donation aux enfants, rémunération depuis une société française : nos experts francophones préparent avec vous le dossier de justificatifs et vérifient la fiscalité avant que l’argent parte. Posez votre question à un expert.
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Chaque situation étant spécifique, consultez un conseiller avant toute décision.
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